Route camerounaise : le voyageur face au « racket » systémique


De Yaoundé à Douala, en passant par les axes du Grand-Nord ou de l’Ouest, voyager au Cameroun relève souvent du parcours du combattant. Entre postes de contrôle multipliés et exigences financières arbitraires, les usagers de la route témoignent d’un calvaire quotidien où l’autorité se transforme, trop souvent, en prédatrice.

« On nous prend pour des distributeurs automatiques », les voyageurs sont unanimes et poignants. Pour beaucoup, le contrôle routier n'est plus synonyme de sécurité, mais de peur. « Dès que le bus s'arrête, c'est la boule au ventre », confie un commerçant empruntant régulièrement l'axe Yaoundé-Maroua.


𝗘𝘅𝘁𝗼𝗿𝘀𝗶𝗼𝗻 ,𝘁𝗮𝘅𝗲 𝗶𝗻𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝗹𝗹𝗲 𝘀𝗼𝘂𝘀 𝗺𝗲𝗻𝗮𝗰𝗲 


De nombreux voyageurs rapportent des saisies arbitraires de téléphones portables ou d’effets personnels, utilisés comme « gages » en attendant le versement d’une somme d’argent. En fait, sous couvert de vérification de documents, des agents imposent des prélèvements sans reçu, transformant la route en un espace de péage illégal.

Bien plus, malgré les accords au sein de la CEMAC visant à fluidifier les échanges, les tracasseries administratives ciblées semblent viser particulièrement ceux qui ne se soumettent pas aux exigences illicites.


𝗟𝗮 𝗹𝗼𝗶 𝗲𝘁 𝗹𝗮 𝗿𝗲́𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́ 𝗱𝘂 𝘁𝗲𝗿𝗿𝗮𝗶𝗻


Il faut savoir que la mission régalienne des forces de l'ordre est de protéger et non d'asservir. Le Code de déontologie de la Police camerounaise est d'une clarté limpide. En effet, « le policier doit servir la collectivité conformément à la loi, et non se servir ou asservir. » (Article 16). Par ailleurs, l'Article 33 du même code enfonce le clou en interdisant formellement le recours à la ruse ou à la tromperie pour obtenir un avantage. Confisquer un bien privé ou exiger une « commission » constitue une violation grave qui relève, au regard de l'Article 134 du Code pénal, d'une pratique illégale passible de sanctions judiciaires.


𝗖𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗯𝗿𝗶𝘀𝗲𝗿 𝗹𝗲 𝘀𝗶𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 ? 


Face à l’impunité, la résignation est devenue la norme. Pourtant, la DGSN dispose d'outils pour contrer ces dérives. Pour les usagers, la posture à adopter est désormais celle de la fermeté citoyenne. En cas d'abus, demandez calmement le nom, le matricule et l'unité d'appartenance de l'agent. Cette simple demande suffit souvent à faire reculer les prédateurs. Une chose à ne pas négliger, connaître ses droits. Rappelez, avec courtoisie mais fermeté, que le code de déontologie interdit la confiscation de biens personnels.

L'indifférence hiérarchique ne pourra persister si les preuves sont apportées. Le 1500 est le numéro vert gratuit mis à la disposition des citoyens pour signaler, en temps réel, ces comportements déviants. Bien que certains vont jusqu’à arracher le téléphone de celui qui veut appeler ou dénoncer. 


Le racket n'est pas une fatalité. Il est le fruit d'un laisser-faire qui mine la confiance entre les citoyens et leurs forces de défense et de sécurité. Si le policier est le garant de l'ordre, le voyageur, lui, est le gardien de ses droits. Le changement passera inévitablement par une double exigence : une rigueur accrue de la hiérarchie policière et une vigilance indéfectible des populations sur les routes du pays.


Il est donc désormais plus que important pour tous les citoyens victimes de ces pratiques à ne plus céder à la peur et à utiliser les canaux officiels pour dénoncer ces abus qui ternissent l'image des forces de maintien de l'ordre.


Joël Godje Mana


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Assemblée nationale : GASTON KOMBA relevé de ses fonctions

DECOUVERTE : « LE GUINAROU » CHEZ LE PEUPLE MOUNDANG

Dette camerounaise : un gâteau empoisonné de la Chine